Moïse IV

MOÏSE IV ET LE

LOTUS ARDENT

 

 

Et bien je ne me souviens que d'un homme surnommé Moïse, le Quatrième. Il était fils d'une sorcière. Un jour l'Inquisition vint à son village et condamna sa mère au bûcher. Mais il y avait encore son petit enfant, sa progéniture, un jeune fils qui savait alors à peine marcher et parler. Les inquisiteurs l'ont recueilli, et lui ont appris comment appliquer le code des inquisiteurs. Ils voulaient en faire un des leurs. Et même plus, ils voulaient en faire l'inquisiteur parfait. Celui qui aurait appris le code dès le plus jeune âge et qui saurait l'appliquer avec un zèle sans pareil. Ils oubliaient que le sang d'une sorcière coulait dans ses veines.

 

Le feu intriguait le jeune Moïse depuis tout petit. Encore dans les bras de sa mère, lorsqu'il ne savait pas encore marcher, la flamme des bougies l'intriguait déjà. Plus tard, lorsque Moïse servait dans l'Inquisition, et qu'il assistait à l'exécution des hérétiques, il ne pouvait pas s'empêcher de suivre des yeux jusqu'aux petites flammèches qui consumaient le corps des condamnés. Son regard était attiré par les flammes et il ne pouvait pas l'en détacher. Ce qu'il ressentait dans ces moments était étrange, un sentiment de manque. L'impression d'avoir oublié une chose importante. Comme si on l'attendait et qu'il ne venait pas.

 

Un jour arriva alors, où Moïse découvrit pourquoi le feu l'intriguait tant. C'était lors d'une mission importante, une chasse à la sorcière. Et pour la première fois il partait en tant qu'inquisiteur actif et non pas en simple observateur, comme il l'avait fait à tant de reprises. Les rumeurs couraient que la sorcière qu'il cherchait vivait dans une vaste forêt près du village qui avait lui-même requis la présence de l'Inquisition. Pour cette mission, il était accompagné d'un autre Inquisiteur en mission avec lui et d'une demi douzaine de bourreaux, ceux qui enlevaient la vie du condamné pendant que les inquisiteurs annoncaient leurs jugements selon leur code. Son partenaire et lui firent appel aux hommes du village et lancèrent les recherches dans la forêt par groupes. Mais Moïse était encore jeune et têtu. Il avait eu un différent avec les membres du groupe de recherches qu'il dirigeait et ne pouvant plus supporter leur présence, il les laissa seul et continua les recherches par lui-même. Mais ces bois n'étaient pas ordinaires, dès qu'il fut seul, il se sentit comme aspiré en eux. Déboussolé. Sa tête tournait et tournait puis sa vue devint floue et il s'évanouit. Lorsqu'il reprit connaissance, il était toujours seul. Mais il était également perdu. L'endroit où il s'était réveillé ne ressemblait nullement à celui où il s'était évanoui. Il ne pouvait plus retrouver son chemin. Il décida de marcher droit, dans l'espoir de trouver la civilisation avant la mort dans cette forêt. Il passa deux jours entiers à errer parmis les arbres sans apercevoir ne serait-ce qu'une trace de vie humaine. Au bout de ces deux jours, un très vieil homme apparut à lui. Il était vêtu d'une robe en lambeaux, grisâtre et sale. Il affichait une longue barbe grise et semblait vivre dans la forêt. Le vieil homme lui parla. Il révéla au garçon qu'il savait. Que ses connaissances étaient sans égales. Et que Moïse ne pouvait pas en imaginer les limites. Il apprit au jeune homme que la raison de sa présence dans ces bois ne lui était pas inconnue. Moïse lui supplia à genoux de l'aider à en sortir. Sans quoi il serait perdu. Il ne voulait pas que tout se termine pour lui dans cette forêt. Le vieil homme refusa. Puis il s'avanca vers Moïse qui était encore à genoux et il déposa lentement sa main sur le crâne. Puis Moïse vit. Il vit de terribles choses. L'Inquisition. Sa véritable nature. Celle qui était sous ses propres yeux et qu'il n'avait jamais pu voir. Ainsi que celle de ceux qu'il traquait. Il voyait les hérétiques et les sorcières vivre. Leurs vies... Elles n'étaient pas différentes de celles des autres... Dans l'esprit de Moïse défilaient leurs amours, leurs enfants, mais aussi leur morts. Il ressentait d'abord leurs émotions lorsque l'on prononcait leur ultime sentence. Puis il les voyait brûler, souffrir. Il les voyait se noyer, suffoquer. Il les voyait se faire écarteler, déchirer. Et sa conscience ne put plus en supporter davantage. Il s'évanouit.

 

A son réveil. Moïse était seul. Le vieil homme n'était plus là, mais Moïse ne s'en inquiètait pas. Il sentait qu'il avait quelque chose à accomplir. Et il devait sortir au plus vite de la forêt. Ce sentiment... Celui qui lui donnait l'impression que quelque chose manquait... Pourquoi le ressentait-il ? Il se rapprochait de la réponse, il le savait. A présent, il fallait retrouver son chemin. Moïse reprit sa marche dans une autre direction. Après quelque temps, il reconnut un sentier qu'il avait parcouru avec son groupe de recherches deux jours auparavant. Il n'était plus perdu, il ne lui restait plus qu'à retourner au village, ce qui ne prit pas longtemps. A sa surprise, lors de son retour, il vit que l'autre inquisiteur, sur la place publique, ne l'avait pas attendu. Il préparait des papiers tandis que les bourreaux attachaient la sorcière pour laquelle ils étaient venus et préparaient le bûcher aux pieds de celle-ci. La sentence allait être prononcée selon le code et la femme serait brûlée. L'inquisiteur commenca son discours. Moïse le connaissait, il l'avait entendu des centaines de fois durant les missions où on l'avait envoyé, que ce soit pour les hérétiques vagabonds, les sorcières ou les seigneurs impies. Mais cette fois-ci les choses étaient différentes. Il voyait la femme attachée au bûcher. Des larmes coulaient le long de ses joues. Puis Moïse vit. A travers cette femme sur le point de brûler, il vit l'angoisse de toutes celles qui avaient été condamnées avant elle. Et il souffrait avec elles, un sentiment de peur incontrôlable, de panique, montait lentement en lui. C'est alors que l'autre inquisiteur s'approcha du bûcher avec la torche et l'alluma. L'angoisse fit place à la douleur et Moïse s'époumona dans un cri d'affliction terrible. Tout à coup il courut sur l'estrade où avait lieu l'exécution, dans l'espoir de faire cesser cette douleur assourdissante qui le torturait. Mais il s'arrêta. Il regardait les flammes. Son regard s'était fixé sur celles-ci. Elles remontaient lentement vers le corps de la condamnée. Le brasier semblait danser sous ses yeux. L'ascension ardente des flammes continuait lorsque subitement la femme cria à son tour de douleur. Moïse tomba à genoux, ses visions reprenaient, cette fois-ci, il voyait les sorcières brûler une par une devant lui, il entendait chacun de leurs cris et ceux-ci se mêlaient et tourmentaient l'esprit de Moïse. C'est alors qu'il hurla lui aussi, se joignant aux cris de la femme dont le corps était déchiré par le feu. Leurs hurlements exprimaient une souffrance indicible et les gens du village qui assistaient à l'exécution ressentaient peu à peu l'angoisse s'accrocher à leur estomac.

Soudain, Moïse, à genoux, perçut des murmures. Des chuchotements mystérieux parlés dans une autre langue. Des voix silencieuses qui l'intriguaient, elles le plongeaient dans une sorte de transe et lui faisaient oublier un instant la douleur qui le tiraillait. Tout à coup résonna la voix du vieil homme de la forêt. Elle résonnait, grave, dans sa tête. "Ton coeur est ardent Moïse. Et c'est pour cela que celui qui t'intrigue tant est ton allié. Ecoute sa voix car lui peut t'entendre. Sonde le plus profond de ton être. Là où tu n'es jamais allé. Tu découvriras ton seul et véritable ami, celui qui sera infaillible, peu importe les circonstances : le brasier. Le feu t'a toujours accompagné et ton coeur a toujours connu son langage. Les flammes obéissent à celui qui sait leur parler. Cherche en toi. Le brasier saura t'écouter."

Moïse se releva alors en un instant. Il prit la torche des mains de l'inquisiteur et courut vers le bûcher. Il commença à parler. Plus précisément à murmurer. Mais ses murmures sifflaient dans les oreilles de toutes les personnes présentes. Le feu qui montait sur le corps de la sorcière s'arrêta. Il se mit à s'éloigner lentement de la femme. Tout à coup les flammes se détachèrent du sol, elles se mirent à danser en volutes incandescentes dans les airs puis elles rejoignèrent Moïse le Quatrième. Elles virevoltaient autour de lui et de la torche qu'il tenait tandis qu'il continuait à chuchoter en fermant les yeux.

"SORCIER ! TRAITRE !", l'inquisiteur avait crié.

L'intéressé se tourna alors lentement vers lui les yeux clos. Les murmures se firent plus intenses. Les flammes tourbillonnaient autour de lui de plus en plus vite. Moïse savait précisément ce qu'il faisait, et pourtant, il le découvrait. Les bourreaux se préparaient à intervenir. Il adopta alors une posture singulière. Il avait lâché la torche. Ses pieds prenaient appui sur le sol qui commencait à noircir et craqueler sous la pression. Aux alentours, l'air devenait brûlant, et certains villageois commençait même à avoir des difficultés à respirer. Un torrent de feu était à présent en train de tournoyer autour de lui. Moïse ouvrit les yeux et fixa l'inquisiteur d'un regard déterminé.

Quand tout à coup il décolla du sol. Il partit à toute vitesse en direction du religieux. Les flammes dansaient autour de lui à une allure folle. L'air sifflait bruyamment sur son passage. Une traînée ardente, semblable à la queue d'un météore le suivait. Puis il atteint son objectif.

 

Les murmures s'étaient clos par un long souffle qui résonna dans les esprits de toute l'assemblée. La place était obscurcie par une fumée noire et épaisse. Lorsqu'elle se dégagea on ne vit plus que Moïse debout. Les bourreaux avaient tous été renversé et souffraient de brûlures monstrueuses. Quand à l'Inquisiteur il n'en restait qu'une poignée de cendres. Moïse se tenait devant ce tas de poussières qu'il était à présent et le regardait d'un air méprisant. Il se retourna alors et se dirigea vers un des corps des bourreaux. Il le dépouilla d'une dague et alla vers la femme accroché au bûcher. Il lui coupa ses liens. Il la regarda et se surprit à penser qu'il aurait souhaité que ce soit sa mère. Il lui dit alors "Va et vis. En l'honneur de toutes celles comme toi qui n'ont pas pu.", puis elle s'en alla en courant. Moïse descendit ensuite de l'estrade et alla chercher son cheval aux écuries du village. Là-bas, il déchira sa tunique d'inquisiteur et y mis le feu. Puis il enfourcha son cheval et quitta la région. Il n'était plus inquisiteur, et il n'avait presque plus rien. Mais cela ne l'inquiètait pas. Il avait découvert l'origine de ce sentiment étrange qu'il avait éprouvé toute sa vie durant et il avait trouvé la seule chose dont il aurait besoin dans le futur : son ami infaillible qu'est désormais le Feu.

 

Ainsi, voilà comment débuta la légende de Moïse IV et comment naquit avec lui la technique du Lotus Ardent.

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