Chap. 4
IRIS
Chapitre 4 - Fin de journée
Sur le trottoir, Iris remarqua deux fourgons de police au bout de la rue. Cela semblait être ceux des forces d'intervention. C'était plutôt rare de les voir en ville... Il se passait quelque chose. Elles devaient être à la poursuite de ceux qui tentaient d'attraper Gaetan...
"Ne restons pas dans le coin, ils risqueraient de nous retrouver."
"Qui <<Ils>> ?" demanda Iris avant de poursuivre d'un ton plus ferme. "Gaetan. Je ne vais pas continuer à te suivre bêtement comme ça éternellement. J'ai besoin d'explications." Il la regarda, comme pris de court. Puis il lui répondit, l'air un peu gêné.
"Oui, excuse-moi... Je vais tout t'expliquer. Mais d'abord, bougeons de cet endroit."
Discrètement ils s'éclipsèrent du quartier. Ils marchèrent environ une demi-heure l'oeil attentif quand Gaetan se permit un soupir de soulagement. Le jeune homme se tourna vers Iris et commenca, sérieux.
"Bon. J'aurais préféré être sûr de certaines choses avant de t'en parler. Enfin. On peut rien y faire, on dirait que les évènements se sont précipités, et pas de la manière dont j'avais espéré."
"Et comment tu avais espéré que ça se passerait ?" Il s'arrêta de marcher et hésita un instant.
"Et bien... Sans la police qui débarque la première fois que je viens te voir ?" Iris écarquilla les yeux.
"C'était la police ?!" Elle recula d'un pas à cette annonce. "Attends, attends. Ca veut dire que tu es..."
"Un criminel ? On peut dire ça." La psychiatre réfléchit un instant.
"Mais... Sur quel genre de criminels on utilise des tirs meurtriers sans sommation ?" Elle leva sur lui un visage inquiet. "Qu'est-ce que tu as fait Gaetan ?" Tout en se grattant la tête de la main droite, il sourit, gêné.
"Il y a un homme dans cette ville. Théodore Lessier. Le fils de Patrick Lessier, le millionnaire. Ce fils est le PDG d'SSDEI, la société de surveillance des bâtiments tu vois ?"
"Oui, je vois."
"Et bien cet homme a beaucoup d'influence, il est puissant et surtout très ambitieux. Oh je n'ai rien contre les hommes ambitieux en temps normal tu sais. Mais Théodore n'est pas comme les autres. Il veut..." Il réfléchit une demi-seconde.
"Comment dire... Faire un coup d'état."
"Un QUOI ? J'ai bien entendu ?"
"Oui. Il veut prendre le pouvoir par la force. Tel qu'il est aujourd'hui, Théodore possède assez de forces pour s'assurer le contrôle de la ville et même sans doute du pays. Mais il ne souhaite pas s'arrêter à la France seule. Il veut le plus de terres possible."
"Attends. T'es entrain de me dire que dans cette ville un homme d'affaires de seconde zone, PDG d'une pauvre société de surveillance, fomente un coup d'état et possède une force militaire suffisante pour prendre le pays de force ? Tu te fous de moi, j'espère."
"La société de surveillance n'est qu'une couverture pour l'organisation qu'il dirige. Il a des contacts à peu près dans tous les milieux et tous ses hommes sont... très entraînés. C'est un genre de mafia si tu veux."
"Une MAFIA ?! A Paris ?! Bien sur. Et comment t'aurais pu savoir tout ça ?"
"Disons que j'ai mon propre groupe. On est en petit nombre et on travaille ensemble pour empêcher Lessier d'arriver à ses fins comme on peut. Ce qui est un échec total pour l'instant. On a réussi qu'à rassembler des informations sur son organisation et ce, en lui révélant notre existence."
"Et laisse-moi deviner, Théodore a plus d'influence donc vous êtes pris pour les méchants auprès des autorités."
"Il y a de ça."
"J'ai plutôt du mal à croire ce que tu me dis. Mais admettons que ce soit vrai, tu me caches toujours quelque chose. Il y a des choses que tu as fait aujourd'hui que tu dois m'expliquer. Tout à l'heure. Je t'ai vu arrêter une artiste martiale de 4e dan simplement en lui posant la main sur l'épaule et en la regardant, et, crois-moi, c'est pas le genre de personne à se calmer sous le coup d'un regard. Je t'ai vu aussi briser une vitre à mains nues, et il me semble que tu as également éviter une balle ! Mais surtout. Ton saut. C'était une chute de 4 étages, aucun humain n'aurait pu s'en sortir indemne comme tu l'as fait, et la plupart serait mort en sautant tout en me portant. Ce que tu as fait tout à l'heure, ça ne peut pas simplement être le fruit d'un entraînement physique. Même avec énormément de chance, aucun entraînement physique ne te permet de survivre à une chute de 4 étages en portant un individu. C'est juste impossible. Inhumain."
Il resta silencieux.
"Mais explique-moi ! Parle !"
"Je ne peux pas vraiment... Pas maintenant. Je dois être sur de quelque chose avant." Il la regarda un instant. Elle sentit les mêmes yeux qu'à la sortie de l'église s'appuyer sur elle, le même regard obscur dans lequel elle perdait pied.
"Iris. Rejoins moi. Rejoins mon groupe. J'ai besoin de toi. Et tu ne le réalises peut-être pas encore, mais tu auras besoin de nous." Elle le regarda droit dans les yeux et secoua lentement la tête.
"Je ne peux pas. Je ne veux pas. Pas dans ces conditions. Je t'ai prévenu : Je ne te suivrais pas partout aveuglément. Soit tu me donnes des réponses maintenant, soit je m'arrête là." Il baissa les yeux.
"Je regrette. Mais je ne peux pas... Si tu-"
"Bien. Alors nous nous séparons ici." l'interrompit-elle. "Je ne veux plus rien avoir à faire avec toi, coup d'état ou non. Je ne suis pas une criminelle. Sors de ma vie aussi vite que tu y es entré Gaetan. Fous le camp." Sur ces mots, la jeune femme tourna les talons et traversa la rue. Elle ne voulait plus voir Gaetan, lui et tous les problèmes qu'il apportait. Un criminel ?! Elle serait bien plus en sécurité seule. De toute manière, ça a toujours été le cas, aussi longtemps qu'elle ait vécu, toutes les personnes qu'elle a rencontré l'ont déçu à un certain point. A deux exceptions près : son oncle et Felicia. D'ailleurs, il faudrait aller la voir au cabinet elle.
Iris.
Elle l'avait entendu à nouveau, quelqu'un venait de l'appeler, elle se retourna à droite, à gauche, derrière. Elle vit Gaetan de l'autre côté de la rue à travers la masse de piétons. Il la fixait. Elle se retourna et accéléra le pas avant de disparaître de son champ de vision au tournant d'un carrefour.
"Non. Pas question. Pas avec ces yeux-là Iris."
"Comment ça ?" Iris était revenu à son cabinet. Il n'y avait plus de fourgon de police. Le bâtiment était revenu à son état normal et Felicia l'avait attendu derrière son bureau de secrétaire comme lui avait intimé Gaetan.
"Cette expression que tu as sur le visage ! Je la connais ! Tu es incapable de faire des rendez-vous dans cet état là ! On a fait l'expérience la dernière fois... C'était un véritable désastre. Je dois te le rappeler ?" Felicia la sermonnait tout en tapotant sur son ordinateur de secrétaire.
"Erhm... Non, je m'en passerais. Mais je t'assure, je peux faire mes rendez-vous de cet après-midi !" Felicia ne leva pas la tête de l'écran.
"Tu as éclaté en pleurs devant deux de tes patients. Le deuxième s'est plaint, en disant que c'était inadmissible de ta part d'accueillir un patient dans ces conditions. Là, tu es passée de larmes à cris de colère, et tu as failli lui casser le bras." Felicia soupira. "Parfois je me demande encore pourquoi tu n'es pas en prison..."
"Peu importe, c'est moi la psy' ici." s'exclama la jeune docteur, en haussant la voix. "Donc. Quand est-ce que le prochain patient arrive ?"
"Trop tard, répondit la secrétaire en rigolant. J'ai déjà annulé tous tes rendez-vous d'aujourd'hui. On dirait que tu vas être obligée de prendre un café avec ta chère amie Felicia." Iris soupira, puis un sourire se dessina sur son visage.
"On dirait que j'ai pas le choix en effet. Ca tombe bien, j'ai plein de choses à lui raconter. Allez viens !"
Les deux amies sortirent du cabinet et fermèrent à clé. Alors qu'elles descendaient, la psychiatre ouvrit la conversation :
"Je ne sais pas vraiment par où commencer... Au fait, que s'est t-il passé lorsque je suis monté ?"
"Et bien la police est venue. Enfin ils disaient être la police mais je n'imaginais pas vraiment la police aussi... Brutale. Ils sont rentrés, une douzaine d'hommes surarmés, comme si il y avait une cellule terroriste dans le cabinet... Ils m'ont plaquée au sol en me criant dessus pour savoir où était-"il". Le "il" désignant sans doute ton ami."
"En réalité c'est mon cousin."
"Ah la famille, quel bonheur ! Donc vous êtes liés par le sang en plus." Elle soupira. "Iris, je crois que tu vas vraiment finir en prison cette fois... Je ne sais pas ce qu'a fait ton cousin mais ça m'a l'air plutôt grave pour que les forces d'intervention débarquent dans le cabinet et m'immobilise SIMPLEMENT pour me demander où il est."
"Tu as répondu quoi ?"
"Que je ne savais pas... Il avait l'air de t'apprécier et de vouloir te protéger. J'avais le sentiment qu'à ce moment, le trahir lui, c'aurait été te trahir toi. Et puis, entre nous, il était beaucoup plus charmants que ces types du GIGN." ajouta t-elle en plaisantant. Elles étaient arrivées en bas des escaliers et sortaient de l'immeuble.
"Féli... Il est beaucoup plus étrange qu'il en a l'air." Félicia resta silencieuse. "Les tirs quand nous étions dans la salle, ils le visaient. Et j'ai vu de mes propres le pointeur laser sur son torse au moment où l'on a tiré. Pourtant, tu as pu le constater par toi-même : Il n'avait pas une égratignure."
"Donc on a un cousin mystérieux qui sait éviter les balles ?" répondit à moitié sérieuse la jeune femme rousse. Iris marqua une pause et baissa la tête.
"Non. On a un cousin mystérieux qui sait éviter les balles, briser les vitres blindées à mains nues, sauter de quatre étages et qui appartient à un groupuscule créé pour affronter une mafia dont le PDG de la SSDEI est à la tête. Et qui tente d'empêcher ce dernier d'exécuter un coup d'état. Voilà je crois que je t'ai tout dit."
Il y eut un silence entre les deux jeunes femmes.
"Ecoute Iris. Je sais qu'on se connaît depuis longtemps. Qu'on s'entend très bien et que je suis censée te comprendre en toutes circonstances mais... Il va falloir que tu me réexpliques ça."
Les deux amies discutèrent pendant quelques heures. Elles marchèrent, s'assirent dans un café puis marchèrent à nouveau. Iris expliqua tout ce qu'il s'était passé ce midi là, lorsqu'elle avait suivi Gaetan. Pourquoi d'ailleurs ? Elle ne savait toujours pas. Elle lui raconta ce que son cousin lui avait dit sur Théodore Lessier. Felicia eut un peu de mal à la croire dans un premier temps. Mais elle connaissait Iris. Elle savait reconnaître lorsqu'elle était sérieuse et lui fit confiance. Lorsque le crépuscule arriva, la jeune femme rousse invita son amie à dormir chez elle. Mais elle déclina, Felicia lui proposait ça parce qu'elle pensait qu'Iris était complètement emportée par les évènements et ça, Iris le savait parfaitement. Mais elle avait trop de fierté, elle détestait que l'on pense qu'elle était faible, même temporairement. Elle dormirait seule et chez elle. Parce qu'elle allait on ne peut plus bien.
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