Chap. 3

 

Chapitre 3



Des pas s'approchèrent à travers la brume. Lizbeth se retourna en sursaut et tenta de percer de son regard l'épais brouillard qui l'entourait, l'oppressant et réduisant son champ de vision à un jet de pierre. Les pas se rapprochaient. Un homme sortit de la brume.  Un homme d'une trentaine d'année,  un chapeau de paille masquant son regard.

 L'odeur de l'alcool emplie l'air. Une peur incontrôlable la prit.                                         

 Elle voulue partir en courant, mais ses jambes restèrent cloué au sol. Elle voulue crier, mais ce cri refusa de sortir de sa bouche.
 L'homme continuait d'approcher.
 Lizbeth baissa son regard vers sa main droite. Une dague s'y trouvait.
À mesure qu'il s'approchait, il leva un bras vers elle. Quand il ne fut plus qu'à quelques mètres d'elle, il releva son regard, laissant apparaitre un visage. Une barbe de quelque jour, c'est ce qui se distinguait le plus de ce visage. Après son expression... Les traits figés en une sorte de rictus démesuré, les yeux grands ouverts, son sourire terrifiant de satisfaction et de sadisme, restait fixé sur son visage, tel une statue. Il la saisi au bras.  Pétrifié de terreur par cette main froide et visqueuse, Lizbeth le regarda réduire les quelques centimètres qui les séparaient, lentement, semblant savourer son plaisirs.
Dans un hurlement de peur et de rejet, elle leva sa mains droite et l'abattit sur le visage son assaillant.
Il relâcha son étreinte, et Lizbeth recula de quelque pas, tremblante. La chose resta un moment plié en deux, les bras ballants.
Ses épaules furent prises de tremblement, et il se mit à émettre des sons informes.
Il riait.
Dans un mouvement de pantin désarticulé, il se redressa, riant toujours... laissant apparaitre le manche de la dague, planté jusqu'à la garde dans son œil droit. Tétanisée, les yeux exorbités de terreur, Lizbeth cessa de respirer.
Avec une vitesse fulgurante, il fondit sur elle.

                                                               * * * * * * * * * *

"NOOOOOOOOON!"
Arno se réveilla en sursaut dans le canapé en face du lit, regarda de tous les côtés, et son regard se posa sur Lizbeth. Le joli visage de la jeune femme était livide et trempée de sueur, ses beaux yeux verts exorbités et son petit menton tremblait de manière presque convulsive.
Il se leva et s'approcha du lit en murmurant.
"Shhhhhhhhh, c'est fini, je suis là, je suis là..."
Il la prit dans ses bras. La jeune femme regarda sa main droite avec horreur. Celle-ci était encore fermée,  crispée, serrant un objet invisible. Arno la saisit en douceur et la garda dans ses larges paumes. Du sang coulait au niveau des extrémités de ses doigts. Quand il réussit à lui desserrer le poing, il comprit que ses ongles lui avaient infligé une large coupure à la paume. Il se leva et alla chercher sous le petit évier une bouteille en verre contenant un liquide translucide. Il ouvra ensuite la petite armoire, fouilla pendant quelques secondes et en sortit une vielle chemise à manche courte. Il sortit un couteau de sa poche et entreprit de découper une longue bande dans le tissu. Quand il eut finit, il retourna s'assoir à côté de Lizbeth, qui regardait toujours sa main, mais son air horrifié s'était muté en une sorte d'incompréhension. Arno s'assit sur le lit et lui saisit doucement la main.
"Attention, ça va piquer un peu"
Lizbeth ne semblant pas tellement l'écouter, il inclina doucement la bouteille jusqu'à verser un peu de son contenu dans la paume de sa patiente. Elle poussa un petit cri de douleur étouffée et voulue retirer sa main, mais Arno la retint fermement. Il attendit quelque seconde puis prit la bande tissu et se mit à l'enrouler autour de la paume de la jeune femme, et termina en faisant un nœud. Le résultat était un pansement qui, à défaut d'être esthétique, était parfaitement serré.
 Arno prit ses doigts fins dans sa main.
"Raconte-moi, dit-il après un court instant."
Un silence s'installa entre eux, un silence qu'aucun des deux ne semblaient vouloir briser. Ce fut Lizbeth qui craqua.
"J'ai tué quelqu'un, dit-elle en fixant de nouveau sa main droite"
Et elle lui raconta tout. L'agression, la dague, le meurtre, l'homme se vidant à ses pieds, le sang... Les mots sortaient en torrent de sa bouche, irrépressible, n'épargnant aucun détail.
Lorsqu'elle eut finit, Arno s'adossa au mur, semblant réfléchir. Il tourna son regard vers la jeune femme assise sur son lit.
"Qu'est-ce que tu m'as dit déjà il y a trois jours, dans le sous-sol de la taverne? 
Elle fronça les sourcils.
- Pas mal de chose je suppose, comme d'habitude...
- Oui mais il y avait quelque chose à propos d'un grand projet, tu sais, partir, escorter des caravanes..."
À l'évocation de sa grande idée, Lizbeth baissa les yeux.
- Je... Je sais plus, dit-elle après un court instant.
- Moi je sais.
Elle releva son regard surpris sur lui
- Ce que tu as été contraint de faire là,  poursuivit-il, considère ça comme ton baptême du feu. Tuer des gens, c'est bien ce que tu as toujours voulue faire, non?
-Mais... Mais regarde-moi! J'ai pas le mental pour ça!
- C'est juste parce que c'est une première fois! Tu t'attendais à quoi? Que tu allais regarder froidement  le type se vider de son sang sans sourciller? Tu es humaine, c'est une question d'habitude. Ce type était un soulard, il a essayé de te faire du mal, tu t'es protégé, tu n'as aucun tort dans l'histoire.
- Mais...
- Et puis, quand on y pense, c'est mieux que ça se passe dans une taverne au milieux d'ivrognes mal dégrossis que sur un champs de bataille!"
Elle ne put s'empêcher de sourire. Elle repensa à son projet.
"La question est, poursuivit Arno, est-ce que tu vas abandonner tes rêves juste parce qu'un poivrot trouvait que t'avais de la chair au bon endroit? J'espère entendre la bonne réponse à cette question, jeune fille!"
Après un court instant de réflexion, Lizbeth lui claqua un gros baiser sur la joue et le prit dans ses bras.
"Tu es génial, merci"
Elle se leva d'un bond, mit ses chaussures, saisit le manteau d'Arno et partit en trombe dans le couloir de la pension et criant "Je te le rends à mon retour!".
Arno voulut protester, mais à peine eut il levé la main pour la retenir qu'elle avait déjà fermé la porte. Il eut un petit sourire, se leva du lit et commença à préparer du café pour deux personnes. Elle n'allait sans doute pas tarder à revenir.