Benoît

Benoît
 
 
Je n'ai jamais vraiment vécu pour moi. Vous savez, j'ai longtemps pensé à me suicider. Mais non, je ne pouvais pas. Mon père m'a toujours dit que la vie était bien trop précieuse pour la laisser tomber. "Et puis qui sait s'il n'y en a qu'une. Autant la vivre jusqu'à la fin pour voir, non ? Ce serait présomptueux de penser que la vie ne sera jamais autre chose que ce qu'elle a été jusqu'à maintenant." C'était ce que je pensais. Et pourtant... J'ai mis fin à mes jours. 
Mais attendez, ne me jugez pas trop vite. J'ai mes raisons. La vérité c'est que je ne croyais pas du tout ce que je pensais plus haut. Au plus profond de moi, il y avait toujours cette voix qui me disait : "Ce sera toujours la même chose. Alors à quoi bon ?" et parfois, tout cela me venait à l'esprit. Et j'avais envie d'en finir. Mais il y avait une chaîne. Une chaîne qui me tirait vers la vie. A chaque fois. C'était ma famille. Mes proches. Mes amis. Ne vous avancez pas trop, je ne suis pas naïf, plutôt blasé d'ailleurs. Ca n'était absolument pas parceque je les aimais qu'à chaque fois je sauvais ma vie, laissez-moi vous raconter : 
 
Je me souviens... J'avais vécu un enterrement. J'avais l'impression que tout le monde ne pleurait que pour l'image. Moi-même je ne pleurais que parceque j'étais emporté par un esprit de foule. Etrange non ? Mais en y repensant, il y avait toujours une douleur. La perte d'un être proche reste une perte. Pour ces raisons, je me disais que provoquer une perte chez mes proches serait égoiste et sadique. Et je ne voulais pas passer pour un être égoiste et sadique, même après ma mort. Mais d'un autre côté, je ne profitais pas de la vie et je n'allais sûrement pas en profiter. En fait j'allais devenir un homme ne vivant que parceque les autres ne désiraient pas ma mort. J'allais vivre pour les autres. 
Mais en réalité, après que ces pensées m'aient traversées l'esprit, je m'étais rendu compte que de toute manière je n'avais jamais fait que vivre pour les autres. Tout d'abord avec ma naissance. On ne choisit pas de naître ou même de vivre avant un certain âge. Mes parents ont désiré ma naissance et ma survie. Ne serait-ce que les premières années. Mais une fois ces années passées ? Et bien on sait que l'on peut vivre ou mourir mais finalement, on a été conditionné par l'éducation et le comportement de nos parents pour qu'on obéisse à leur désir que l'on vive. Et déjà très jeune, je vivais pour les autres. Cela venait de mon éducation. On me répétait souvent "Ne fais pas aux autres ce que tu n'aimerais pas qu'on te fasse". Mais non, je vous arrête. Ca n'était pas de la gentillesse ou de la générosité comme je l'ai dit. Juste le conditionnement donné par l'éducation. Haha ! D'ailleurs ça l'a toujours été. Oui. J'ai souvent entendu "Oui, Benoit est un gentil garçon, un homme généreux. Il est humain, il fait attention aux autres. C'est un être bon." HA ! Laissez-moi rire. Je n'ai jamais été réellement gentil. Je ne me comportais que selon les normes comportementales que m'avaient transmis mes parents à travers mon éducation. "Sois gentil", "Les gens bien sont toujours récompensés", "Sois bon avec les autres, il te le rendront" ou encore "La générosité est une qualité rare" et "Saches que l'on recoit bien plus en donnant qu'en recevant Benoît". C'est ça. Ca n'a jamais été vrai. Les gens bons, on les oublie, on les néglige ou on profite d'eux. 
 
Mais ça je l'ai toujours su et pourtant je continuais. Les raisons qui m'ont poussé à passer à l'acte furent tout d'abord mon changement de ville. Mon passage à l'âge adulte et la poursuite de mes études m'avaient poussé à aller vers une école loin de ma ville natale et malgré ma nature "généreuse", je n'arrivais jamais à donner des nouvelles aux gens, comme si au fond je préférais la solitude. Par contre bien sur, mes proches, eux, me donnaient des nouvelles. Mais il n'y a rien que le temps ne puisse pas détruire. Au fil des années, j'avais perdu mes amis, et ma famille me donnait de moins en moins de nouvelles. Ca ne me dérangeait pas du tout. Et un soir... Alors que je repensais à ma vie, que je la revoyais, je fis une réalisation : Je n'avais jamais choisi de vivre. Je n'avais fait que suivre le désir de mes parents et des gens autour de moi. Je voulus alors choisir de mon destin. Décider de moi-même pour une fois, fusse t-elle la première et peut-être la dernière de mon existence. S'ensuivit alors un long débat avec moi-même. Débat qui s'est terminé avec un cadavre pendant au milieu de mon salon.
 
 
Histoire écrite par William Anweladwy.

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